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15 Août 2025
La production de bananes au Maroc
La banane, fruit tropical emblématique, fait aujourd’hui partie intégrante du paysage agricole marocain. Introduite dans les années 1940, cette culture a connu un essor spectaculaire, passant d’une production quasi nulle à plusieurs centaines de milliers de tonnes, tout en générant de nouvelles filières locales, emplois et opportunités d’exportation.
Voyons ensemble l’évolution de cette production au
Dès son introduction sous serre au début des années 1980, la culture de la banane a bénéficié d’un cadre incitatif mis en place par l’État marocain. En 1979, environ 2 000 tonnes sont produites. En 2018, près de 335 542 tonnes, avec un taux de croissance annuel de 4,9 % par rapport à 2017. En 2019, la tendance à la hausse se poursuit, comme en témoignent les données de la FAO, qui classent le Maroc au 38 ᵉ rang mondial avec une part de 0,3 % dans la production globale de bananes. Au cours de l’année 2023, on constate une légère contraction à 309 000 tonnes, en raison d’une réduction des superficies cultivées et d’aléas climatiques que connait le Maroc.
Cette évolution illustre la capacité d’adaptation des producteurs marocains, confrontés à des défis variés (maladies, stress hydrique, concurrence internationale) tout en consolidant leur savoir-faire.
Le Maroc traverse une transition nutritionnelle caractérisée par une diversification progressive des habitudes alimentaires, particulièrement notables dans les zones urbaines. Les fruits, dont la banane, occupent une place croissante dans les habitudes alimentaires, en particulier chez les classes moyennes et aisées. Toutefois, les disparités sociales influencent l’accès à une alimentation équilibrée : les ménages les plus modestes privilégient les produits de base, tandis que les plus favorisés consomment davantage de fruits frais et de produits transformés.
Le Maroc a consacré une surface significative à la bananeraie sous serre : en 2018 soit 8 412 hectares plantés, pour un rendement moyen de 38 tonnes par hectare, selon la FAO. La variété prédominante est la Dwarf Cavendish, prisée pour sa douceur et sa robustesse. Elle est principalement cultivée dans les environs du village d’Aourir, situé dans la région du Souss-Massa.
Entre 1979 et 2019, la production agricole a connu une croissance impressionnante, passant de seulement 2 000 tonnes sur environ 60 hectares en 1979 à 335 542 tonnes sur 8 412 hectares à la fois en 2018 et en 2019. Cette évolution s’est accompagnée d’une progression constante du rendement, qui est passé de 33 t/ha à 38 t/ha. En 2023, on observe toutefois un léger repli de la production à 309 000 tonnes, en grande partie dû à la contraction des superficies sous serre, réduite à 7 800 hectares. Malgré cette baisse de la surface, le rendement unitaire a continué de s’améliorer, atteignant 39,6 t/ha, soulignant l’efficacité croissante des pratiques culturales.
Les données FAO montrent une progression continue de la production au Maroc jusqu’en 2019, suivie d’un léger repli en 2023, lié à la contraction des superficies sous serre et à des épisodes de sécheresse printanière.
La culture du bananier au Maroc est concentrée dans des régions au climat subtropical humide et aux sols fertiles :
La production de bananes au Maroc est principalement concentrée dans la région de Souss-Massa, notamment autour des localités d’Aourir et Tamri près d’Agadir, où les rendements sont élevés grâce à un climat particulièrement favorable. La région du Gharb-Chrarda-Béni Hssen occupe la deuxième place, grâce à une culture sous serre particulièrement développée, notamment dans les localités de Moulay Bouselham et Mnasra. Casablanca-Settat représente une zone émergente, avec des superficies cultivées en constante expansion. Enfin, les régions d’El Jadida et Rabat, bien qu’historiquement impliquées dans la production de bananes, ont vu leur importance diminuer au fil du temps.
Sous serre : La majorité des bananes sont cultivées sous abri-serres pour contrôler les conditions climatiques.
La variété dominante est la Dwarf Cavendish, reconnue pour sa saveur douce et sa forte rentabilité sur le plan commercial.
Méthodes modernes : Utilisation de la fustigation, des vitroplants, et de techniques de désinfection localisée pour améliorer les rendements.
Bien que la majorité de la production marocaine soit destinée au marché intérieur, de faibles volumes sont exportés chaque année. En 2022, par exemple, 460 tonnes ont été expédiées à l’étranger. Pour l’année 2023, 280 tonnes sont exportées, reflétant une baisse de 39 % par rapport à 2022. En 2024, 250 tonnes confirmant la diminution continue des flux exportés dans un contexte de forte concurrence mondiale.
Malgré ces volumes marginaux, le Royaume du Maroc explore de nouveaux circuits :
Renforcement des partenariats avec l’Asie du Sud-Est via des missions FAO/BERD pour accroître les débouchés hors Europe.
Amélioration des normes phytosanitaires et logistiques pour répondre aux exigences des marchés tiers.
Selon les résultats d’une enquête réalisée par le média Site Info, les prix moyens pratiqués sur le marché au début de l’année 2022 étaient les suivants :
La banane locale, produite sur le territoire national, affichait un tarif moyen de 8,00 dirhams par kilogramme.
La banane importée, généralement en provenance de pays étrangers, était proposée à un prix moyen nettement plus élevé, atteignant 14,50 dirhams le kilogramme.
Les bananes locales se vendent sur une fourchette de prix relativement étroite, oscillant entre 6 et 9 DH (dirham) par kilo, reflet d’une offre abondante et d’un coût logistique maîtrisé. En revanche, les bananes importées présentent une fourchette de prix plus étendue, allant de 7 à 13 Dh/kg, en raison des coûts liés au transport, aux droits d’importation et à la diversité des pays d’origine. Quant aux oranges, elles restent le fruit le plus abordable du panier, avec un tarif situé entre 4 et 6 DH/kg, soulignant leur accessibilité tout au long de l’année.
La fourchette des prix de gros reflète la saisonnalité : les importations culminent entre juillet et octobre, période de raréfaction locale, entraînant une hausse des tarifs.
La culture de la banane sous serre au Maroc requiert des investissements lourds. D’après une étude micro-économique, le coût total de production par hectare se répartit ainsi :
À titre comparatif, le coût total d’installation d’une serre métallique s’élève à 182 691 Dh/ha, tandis qu’une structure en bois nécessite un investissement de 143 832 Dh/ha. Dans le détail, la mise en place de la serre pèse à elle seule 85 000 Dh pour le métal et 50 000 Dh pour le bois. Les systèmes d’irrigation et de pompage représentent respectivement 25 000 Dh et 20 000 Dh, tandis que les dépenses liées à la fertilisation et aux intrants sont également plus élevées pour la serre métallique, atteignant 40 000 Dh, contre 32 000 Dh pour la serre en bois. Les protections phytosanitaires génèrent un coût de 10 000 Dh en métal et de 8 000 Dh en bois, et la main-d’œuvre associée à l’entretien revient à 15 000 Dh pour la structure métallique face à 12 000 Dh pour la serre en bois. Ainsi, la serre métallique comporte un surcoût initial notable, mais ce supplément d’investissement peut être justifié par la durabilité et la longévité supérieures qu’elle offre.
Les prix diffèrent en fonction de la localisation de la serre, mais aussi du design et de la qualité. Les agriculteurs au Maroc peuvent aussi compter sur des prêts de la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA)
La culture de la banane joue un rôle significatif dans certaines régions du Maroc, tant sur le plan économique que social. Voici les principaux effets observés :
Création d’emplois : La filière génère des milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans les régions du Souss-Massa et du Gharb, où la culture sous serre est dominante.
Autosuffisance partielle : Bien que le Maroc ne soit pas un grand exportateur, sa production locale couvre une grande partie de la demande nationale, réduisant la dépendance aux importations.
Croissance soutenue : La production est passée de 2 000 tonnes en 1979 à plus de 335 000 tonnes en 2019, avec un rendement moyen de 38 tonnes par hectare.
Commerce extérieur limité : Les exportations du Maroc restent marginales (250 tonnes en 2024), tandis que les importations ont fortement augmenté pour compenser les baisses de production dues aux aléas climatiques.
Dynamisation des zones rurales : La culture bananière contribue au développement des zones agricoles, en améliorant les revenus des agriculteurs et en stimulant les économies locales.
Formation et modernisation : L’introduction de techniques modernes (fertigation, culture sous serre, vitroplants) favorise la montée en compétence des producteurs et la professionnalisation du secteur.
Sécurité alimentaire : En tant que fruit nutritif et accessible, la banane participe à l’amélioration de la sécurité alimentaire dans les régions productrices.
Au-delà de la simple dégustation, la banane se transforme en trois préparations gourmandes et faciles à réaliser. Pour quatre gourmands, on commence par des fritters : on écrase quatre bananes mûres puis on incorpore 120 g de farine, un œuf, 50 ml de lait et une cuillerée à soupe de sucre pour obtenir une pâte souple qu’on façonne en petites galettes avant de les frire dans un bain d’huile jusqu’à ce qu’elles soient dorées, puis de les égoutter. Pour deux convives, le smoothie tropical marie deux bananes, 200 ml de jus d’orange frais, 100 ml de lait de coco et quelques glaçons à mixer jusqu’à l’onctuosité, avant la dégustation, le cake est présenté frais, sublimés par une touche de copeaux de noix de coco. Sa préparation requiert trois bananes bien mûres, 150 g de dattes dénoyautées et finement hachées, 180 g de farine, un sachet de levure, ainsi que deux œufs. On y incorpore ensuite 100 ml d’huile d’olive, puis la farine, la levure, les bananes écrasées et les dattes, on verse la pâte dans un moule et on laisse cuire quarante minutes pour obtenir un gâteau moelleux et parfumé.
Ces recettes valorisent la banane locale, favorisent les circuits courts et dynamisent la filière transformation.
La banane est largement consommée au Maroc, avec l’essentiel de la production nationale destinée à la consommation locale. Elle est particulièrement populaire pour sa douceur, son accessibilité et sa valeur nutritive. Parmi les variétés les plus répandues, la Dwarf Cavendish se distingue particulièrement.
La filière banane au Maroc est confrontée à plusieurs défis :
La concurrence des importations, principalement en provenance d’Espagne et du Portugal (5 200 tonnes et 1 600 tonnes exportées respectivement vers le Maroc en 2023). La banane est une plante tropicale par excellence, qui nécessite des conditions climatiques chaudes et humides pour croître de manière optimale. Les variations climatiques peuvent affecter la qualité et la quantité de la production. La culture de la banane au Maroc, particulièrement exigeante en eau, soulève des préoccupations croissantes dans les régions marocaines où les ressources hydriques sont limitées.
Pour relever ces défis, les acteurs misent sur :
La sélection variétale et la diversification (plantains, nouvelles bananes douces).
L’amélioration des infrastructures (serres recyclables, capteurs d’humidité, systèmes solaires pour l’irrigation).
Le développement de partenariats internationaux pour l’exportation vers l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient.
Technologies modernes : L’adoption de technologies modernes et de pratiques agricoles innovantes peut améliorer le rendement et la qualité.
Demande croissante : La demande pour les produits biologiques et de haute qualité offre des opportunités pour les producteurs marocains.
Soutien gouvernemental : Les initiatives gouvernementales visant à promouvoir l’agriculture durable et les exportations agricoles peuvent stimuler le secteur.
En résumé, en moins d’un siècle, la production de bananes est passée d’une culture expérimentale à un pilier de l’agriculture sous serre au Maroc. Malgré une part modeste sur le marché mondial, la filière contribue à la sécurité alimentaire, à l’emploi local et à la diversification des cultures. Entre les effets des mutations climatiques et les exigences croissantes des marchés, le véritable enjeu réside dans le renforcement de la résilience des bananeraies. L’enjeu consiste aussi à valoriser davantage la production locale et à élargir les débouchés à l’export, dans le but de garantir la durabilité et la compétitivité de la filière bananière marocaine.