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5 Septembre 2025
La production de fruits en Chine
Avec ses vastes territoires cultivables, comme les vergers en terrasses du Shaanxi ou les plaines de Guangxi, la Chine intègre les principaux producteurs de fruits au monde. Le pays combine une base agricole gigantesque, une demande intérieure croissante et une diversification rapide des espèces produites, ce qui en fait un marché à la fois profond et exigeant pour les acteurs de la filière. La Chine est, de longue date, le plus grand producteur mondial de fruits et légumes, et le segment des fruits tropicaux y progresse encore, tiré par l’urbanisation et l’élévation du pouvoir d’achat. Parallèlement, la structure de la production fruitière s’est diversifiée au-delà des cultures historiques comme la pastèque, dont la domination s’est nettement atténuée au profit d’un éventail plus large de fruits.
La consommation totale de fruits en Chine avoisine 300 millions de tonnes, dont seulement 7 millions sont importés, soulignant l’importance d’une production domestique massive et croissante. La surface agricole totale de la Chine atteignait 182,2 millions d’hectares en 2022, en constante progression depuis les années 1960 grâce à l’intensification et à l’optimisation des terres cultivables. Une partie croissante de cette surface est dédiée aux vergers :
Vergers de pommiers : 2,2 millions d’hectares (33 millions de mu), soit plus de la moitié de la production mondiale de pommes, dont la Chine détient 51 %.
Contrairement à plusieurs pays occidentaux où les surfaces fruitières stagnent ou se contractent, la Chine a vu sa production augmenter tant en volume qu’en diversité. Jusqu’aux années 2000, la pastèque dominait le paysage fruitier ; sa part relative a depuis été divisée par deux pour laisser émerger de nombreuses autres cultures comme les kiwis, les baies et les agrumes de spécialité.
Entre 2000 et 2022, la production de pastèques a enregistré une hausse de 79 %, passant de 35,0 à 62,8 millions de tonnes. Sur la même période, la filière pomme a connu une dynamique encore plus marquée, avec une production qui a plus que doublé : de 18,0 millions de tonnes en 2000 à 39,2 millions en 2022, soit une progression de plus de 118 %. Les performances des agrumes sont tout aussi impressionnantes : la production d’oranges a crû de 6,2 à 9,1 millions de tonnes (plus de 47 %) et celle des mandarines de 8,5 à 19,0 millions (plus de 124 %). C’est toutefois la vigne qui réalise la plus forte envolée : le raisin est passé de 4,9 à 13,3 millions de tonnes, soit un gain de 171 %.
D’après les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et synthétisées par Discover The GreenTech, l’accroissement spectaculaire de ces cultures est le fruit d’une politique volontariste destinée à enrichir le régime alimentaire des ménages chinois ainsi qu’à répondre à l’explosion de la demande en jus concentrés et en fruits frais de qualité supérieure.
Les importations en Chine de fruits et de produits dérivés se sont élevées à 8,68 millions de tonnes en 2024, pour un montant global de 19,43 milliards de dollars. Les fruits frais représentent 7,69 millions de tonnes, affichant une hausse de 2,17 % en volume et de 5,25 % en valeur par rapport à 2023. Les principales catégories importées sont les durians, les cerises, les bananes, les mangoustans et les kiwis, qui pèsent pour 72,2 % de la valeur des importations.
Durant la même période, la Chine a exporté pour 8,561 milliards de dollars de fruits et dérivés, soit 6,592 5 millions de tonnes (croissance de 30,86 % en volume pour les fruits seuls, à 5,061 2 millions de tonnes). Les principaux marchés sont le Vietnam, les États-Unis, la Thaïlande, l’Indonésie et le Japon, qui représentent 74,74 % de la valeur totale des exportations. Les cinq catégories phares à l’export sont les pommes, les raisins de table, les divers agrumes, les poires et les oranges, concentrant 60,7 % de la valeur exportée.
Le marché chinois des fruits présente une grande hétérogénéité de prix, liée à la diversité des variétés, aux coûts logistiques et au positionnement en circuit court ou long. Parmi les catégories les plus chères, les baies comme les canneberges et les myrtilles s’échangent au détail entre 314,17 CNY par kilogramme (soit 1,91 USD à 44,80 USD par kg) dans les grandes métropoles comme Pékin ou Shanghai.
La fourchette de prix reflète également le passage massif à la vente en ligne et l’apparition de labels haut de gamme, soutenus par des dispositifs de traçabilité numérique et de packaging premium, qui autorisent des marges plus importantes en circuit spécialisé.
L’investissement initial pour établir un verger moderne englobe plusieurs postes de dépense. Le premier concerne l’aménagement du sol, la mise en place d’un système d’irrigation goutte-à-goutte et l’installation de tunnels plastiques, pour un montant compris entre 8 000 et 12 000 USD par hectare. Vient ensuite la plantation des arbres ou plants issus de variétés améliorées, dont le coût varie de 5 000 à 7 000 USD par hectare. Enfin, il faut prévoir entre 3 000 et 5 000 USD par hectare pour les installations de stockage réfrigéré et le matériel de récolte.
La main-d’œuvre représente aujourd’hui plus de 50 % du coût de revient, et ses coûts augmentent de 15 à 25 % par an en raison de la raréfaction de la main-d’œuvre rurale et de la hausse des salaires dans les régions de production intensive. Les intrants (fertilisants, produits phytosanitaires, biologiques ou conventionnels) pèsent pour 20 à 25 % des coûts, tandis que les frais de distribution (transport, conditionnement, intermédiaires) peuvent atteindre 15 à 20 % du prix final.
Malgré ses succès, la production fruitière en Chine fait face à plusieurs défis. Les changements climatiques, l’urbanisation rapide, et les questions liées à la sécurité alimentaire posent des menaces potentielles. La gestion durable des ressources en eau et la réduction de l’utilisation de produits chimiques dans l’agriculture sont des préoccupations croissantes.
La Chine s’engage résolument dans l’agriculture de précision, combinant l’usage de drones pour la pulvérisation ciblée, réduisant ainsi les intrants, avec l’optimisation de la ressource hydrique et le développement de variétés hybrides conçues grâce à l’intelligence artificielle. Cette approche high-tech vise à accroître les rendements tout en préservant les ressources et en limitant l’impact environnemental.
Parallèlement, des programmes de soutien public du gouvernement de la Chineencouragent l’essor des filières biologiques et valorisent des appellations régionales à forte notoriété, comme le Cédrat de Yunnan ou le Golden Kiwi du Shanxi. Ces labels, garants de qualité, renforcent la compétitivité des fruits chinois sur les marchés d’exportation et contribuent à diversifier les débouchés internationaux.
Mais derrière ces obstacles se cachent autant d’opportunités : celles de repenser les modèles agricoles et d’accélérer l’innovation. La structuration des organisations professionnelles et l’amélioration des infrastructures logistiques (routes froides, ports secs) restent deux défis majeurs pour réduire les pertes post-récolte (estimées entre 10 à 15 %) et développer davantage le commerce intra-asiatique et vers l’Europe. L’adoption de technologies numériques, telles que l’agriculture de précision et la blockchain pour la traçabilité, offre des opportunités pour améliorer l’efficacité et la transparence de la chaîne d’approvisionnement.
Avec près de 300 millions de tonnes consommées chaque année, une diversité de plus en plus marquée et des exportations en forte progression, la Chine confirme son statut de géant fruitier mondial. Les défis organisationnels et technologiques sont colossaux, mais la réponse étatique et l’innovation privée laissent entrevoir un avenir où les vergers chinois continueront de se moderniser et de se diversifier, au service des palais nationaux et étrangers.