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23 Septembre 2025
Les échanges commerciaux entre l’Italie et le Maroc
L’Italie et le Maroc ont vu leur coopération économique s’intensifier ces dernières années, avec des échanges commerciaux en nette progression. Proches géographiquement et membres actifs de la frange méditerranéenne, ils partagent un flux continuel de marchandises et de services qui reflète leur complémentarité économique.
Cet article propose une analyse exhaustive des volumes échangés, des secteurs clés, des taux de production, des prix unitaires, des recettes engrangées et des budgets mobilisés pour soutenir ces échanges.
La coopération économique Italie-Maroc s’enracine dans les années 1960, avec la signature des premiers accords bilatéraux sur le commerce et la navigation. L’Italie a progressivement consolidé ses relations avec le Maroc à travers des partenariats industriels, en particulier dans les secteurs de l’automobile et de l’agroalimentaire. De son côté, le Maroc a diversifié ses débouchés en Europe en misant sur la transformation de ses matières premières et sur le développement de zones franches. Ce cadre juridique et institutionnel a permis de consolider un échange durable, fondé sur des échanges équilibrés et une complémentarité sectorielle.
En 2024, les échanges commerciaux du Royaume du Maroc ont enregistré une dynamique soutenue, atteignant un volume global de 1 217,4 milliards de dirhams (MMDH), répartis de manière relativement équilibrée entre des exportations atteignant 613,2 MMDH, portées par des secteurs dynamiques tels que l’agroalimentaire, l’automobile et les phosphates, et des importations s’élevant à 604,2 MMDH, le commerce extérieur marocain affiche un quasi-équilibre marocain illustre à la fois sa compétitivité et les besoins structurels du pays en matières premières, équipements industriels et produits énergétiques. Dans ce contexte, l’Europe s’est affirmée comme le partenaire économique privilégié du Maroc, concentrant à elle seule près de 62 % de l’ensemble des flux commerciaux, ce qui reflète la profondeur des liens historiques, géographiques et institutionnels entre les deux rives de la Méditerranée.
Parmi les pays européens, l’Italie s’est distinguée en consolidant sa position de partenaire majeur au sein de l’Union européenne, représentant à elle seule 7,7 % des échanges bilatéraux avec l’UE, soit un montant estimé à environ 58,2 MMDH pour l’année 2024, traduisant une intensification des relations commerciales dans des domaines variés tels que les produits manufacturés, les équipements mécaniques, les produits agricoles transformés, comme les conserves ou les préparations culinaires, et les services haut de gamme à forte rentabilité.
Le solde commercial entre le Royaume du Maroc et l’Italie demeure globalement équilibré, avec un léger excédent en faveur du Maroc, porté par des exportations stratégiques à forte valeur ajoutée telles que les phosphates et leurs dérivés, les véhicules automobiles assemblés localement, ainsi que les produits agroalimentaires transformés, qui bénéficient d’une demande soutenue sur le marché européen. Cette performance traduit non seulement la diversification progressive de l’offre exportable marocaine, mais aussi sa montée en gamme sur plusieurs segments industriels et agricoles. Sur le premier trimestre de l’année 2025, cette dynamique s’est confirmée à travers l’évolution de l’indice des valeurs unitaires à l’exportation, qui s’est établi à 117,0, contre un indice de 109,3 à l’importation, illustrant une amélioration notable de la compétitivité unitaire des produits marocains, tant en termes de qualité que de positionnement tarifaire.
Ce différentiel positif témoigne d’une capacité accrue à valoriser les exportations, à capter des parts de marché dans des secteurs clés, et à renforcer la résilience du commerce extérieur face aux fluctuations conjoncturelles.
Le secteur automobile s’impose comme l’un des piliers structurants des échanges bilatéraux entre le Maroc et l’Italie, illustrant la montée en puissance industrielle du Royaume dans les chaînes de valeur mondiales. En 2024, les exportations marocaines de véhicules et de composants ont atteint un volume remarquable de 158 milliards de dirhams (MMDH), orientées majoritairement vers les marchés européens, dont l’Italie figure parmi les principaux débouchés, confirmant ainsi le positionnement du Maroc en tant que 25 ᵉ producteur mondial dans l’industrie automobile.
Cette performance repose sur une infrastructure industrielle compétitive, des partenariats stratégiques avec des groupes comme Renault et Stellantis, et une logistique portuaire optimisée à Tanger Med et Kénitra. En 2024, la production nationale s’est élevée à 559 645 unités, soit un niveau proche des 591 067 véhicules produits en Italie. Cette dynamique s’est intensifiée au premier semestre 2025, avec plus de 350 000 unités déjà assemblées, soit une progression de 36 % en glissement annuel.
À ce rythme, le Maroc est en voie de surpasser l’Italie en production industrielle avant la fin de l’année, marquant un « sorpasso » sans précédent dans l’écosystème manufacturier euro-méditerranéen. Ce basculement reflète non seulement la compétitivité croissante du Maroc en matière de coûts, de qualité et d’intégration technologique, mais aussi l’attractivité du pays pour les investissements étrangers, notamment chinois, dans les domaines des batteries, des composants électriques et des pneumatiques.
Selon les prévisions du rapport Doing Export 2024 publié par l’agence italienne SACE, les exportations d’articles de mode et de luxe italiens vers le Royaume du Maroc devraient enregistrer une croissance notable de 10,8 % attendue d’ici 2025 confirme le positionnement stratégique du marché marocain en tant que destination privilégiée pour les exportations italiennes en Afrique du Nord. Cette dynamique place le Maroc en tête des marchés nord-africains dans le secteur de la mode italienne, devant des pays comme l’Algérie ou la Tunisie, grâce à une demande croissante pour les produits haut de gamme, les vêtements de créateurs, les accessoires de luxe et les articles de maroquinerie.
Ce positionnement est soutenu par la solidité du tissu industriel italien, composé d’environ 53 000 entreprises, dont une part importante de petites et moyennes structures, qui génèrent ensemble un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 100 milliards d’euros. Reposant sur un héritage artisanal solide, une dynamique d’innovation soutenue et une reconnaissance mondiale, ce secteur clé de l’économie italienne bénéficie au Maroc d’un environnement commercial particulièrement réceptif, en phase d’expansion, porté par une classe moyenne émergente, une urbanisation croissante et une appétence affirmée pour les marques européennes.
Le Maroc a exporté 86 MMDH de produits agricoles et agroalimentaires en 2024, en progression par rapport aux 83 MMDH de l’année précédente. Les fruits, légumes transformés et conserves constituent l’essentiel de ces flux, tandis que l’Italie importe massivement des agrumes et des olives marocaines, valorisant la chaîne de transformation locale.
Le Maroc, qui détient environ 70 % des réserves mondiales de phosphate, s’impose comme un acteur stratégique incontournable dans le paysage des matières premières critiques, notamment pour l’Italie, dont les industries agrochimiques dépendent fortement de cette ressource pour la fabrication d’engrais, de fertilisants complexes et de produits chimiques à usage agricole. En 2024, les exportations marocaines de phosphates et de leurs dérivés ont atteint un total de 87 milliards de dirhams (MMDH), enregistrant une progression notable de 10 MMDH par rapport à l’année précédente, ce qui témoigne d’une demande internationale soutenue et d’une capacité d’absorption renforcée du marché italien.
Ces échanges bilatéraux, structurés autour de contrats long terme et de partenariats industriels, positionnent le Maroc comme un fournisseur clé et fiable pour les entreprises italiennes opérant dans les secteurs de la chimie verte, de la nutrition des sols et de la sécurité alimentaire.
En 2024, le secteur marocain du textile et du cuir a généré un chiffre d’affaires à l’exportation estimé à 43,1 milliards de dirhams, enregistrant une légère contraction de 0,5 % par rapport à l’année précédente, dans un contexte marqué par le ralentissement des commandes européennes et les ajustements conjoncturels du marché de l’habillement. Malgré cette inflexion, le textile cuir demeure l’un des moteurs historiques des exportations marocaines, porté par une main-d’œuvre qualifiée, une infrastructure industrielle compétitive et une capacité d’adaptation aux exigences des donneurs d’ordres internationaux.
L’Italie, en particulier, représente un débouché stratégique pour les articles de confection, les chaussures et les accessoires en cuir, souvent dans le cadre d’accords de sous-traitance ou de co-traitance, qui permettent aux marques italiennes de bénéficier de la flexibilité et des coûts maîtrisés de la production marocaine tout en maintenant leurs standards de qualité.
Le Haut-Commissariat au Plan publie les Indices du Commerce Extérieur (ICE) du Maroc. Au premier trimestre 2025, l’ICE des exportations se situait à 117,0 et celui des importations à 109,3, tandis que pour l’année 2024 complète, les indices étaient respectivement de 116,8 et 111,5. La baisse des valeurs unitaires à l’importation (moins de 3,5 %) et à l’exportation (moins de 0,2 %) au premier trimestre 2025 traduit une modulation des prix sur le marché international.
L’industrie automobile marocaine enregistre un taux de croissance exceptionnel : plus de 36 % de production sur le premier semestre 2025, avec plus de 350 000 véhicules assemblés. Cette progression s’appuie sur des investissements massifs dans les sites de Tanger et Kénitra, en partenariat avec Renault et Stellantis, et attire de plus en plus de fournisseurs de composants électriques chinois et européens.
Les prix à l’importation et les valeurs unitaires des marchandises échangées ont connu des évolutions contrastées. Le Maroc a vu ses coûts unitaires d’importation diminuer de 6,2 % au quatrième trimestre 2024, tandis que les coûts unitaires à l’exportation reculaient de 6,1 %. En matière de biens automobiles, le coût moyen à l’exportation est passé sous la barre des 12 000 € par véhicule exporté vers l’Italie, renforçant la compétitivité marocaine sur les segments de l’entrée de gamme et des véhicules utilitaires légers.
Au-delà des biens matériels, les recettes touristiques et les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) constituent des revenus extérieurs majeurs. En 2024, les recettes touristiques ont atteint un record de 112,5 MMDH pour 17,4 millions de visiteurs, et les transferts MRE ont grimpé à 117,7 MMDH (plus de 68 % depuis 2020). Ces flux, en partie réinvestis dans le commerce bilatéral, soutiennent la demande intérieure et facilitent le paiement des importations italiennes via les circuits bancaires marocains.
En réponse à la croissance soutenue de ses exportations, le Maroc a consacré en 2024 un budget de 20 milliards de dirhams à la modernisation des ports de Tanger Med et Nador, développer des zones industrielles franches et financer des formations techniques pour 15 000 opérateurs logistiques. L’objectif du ministère de l’Industrie est de doubler la capacité de production automobile à 2 millions de véhicules d’ici 2030 et d’augmenter de 20 % les recettes d’exportation dans les deux prochaines années.
L’Italie a ramené son déficit public de 7,2 % du PIB en 2023 à 3,4 % en 2024, tout en mobilisant des mesures de soutien aux PME exportatrices. La « spending review » 2024-2026 a fixé des plafonds pluriannuels de dépenses par ministère, économisant 1,2 milliard d’euros en 2024 et 3,4 milliards d’euros en 2025. Par ailleurs, le Super Bonus 110 % a été progressivement réduit pour maîtriser la facture budgétaire, libérant des ressources en faveur de la promotion des exportations et des réseaux commerciaux internationaux.
L’avenir des échanges Italie-Maroc repose sur l’approfondissement des accords de libre-échange et sur la diversification des produits échangés. Les négociations en cours pour un accord de partenariat renforcé avec l’UE et les initiatives de la Banque européenne d’investissement permettront d’amplifier les projets d’infrastructure et de durabilité. Du côté italien, la montée des tarifaires protectionnistes menace la relance des exportations, tandis qu’au Maroc, la montée en gamme de l’agroalimentaire et des composants électriques offre de nouvelles opportunités.
Les échanges commerciaux entre l’Italie et le Maroc illustrent une complémentarité stratégique : le Maroc fournit des produits à forte valeur ajoutée (produits industriels, agroalimentaires), tandis que l’Italie répond aux besoins en mode, équipements et technologies. Les chiffres 2024-2025 soulignent une dynamique de croissance soutenue, portée par des politiques publiques ciblées et des accords bilatéraux solides. À l’horizon 2030, les deux pays ont les moyens d’intensifier leur partenariat grâce à l’innovation, la compétitivité et une vision partagée pour la Méditerranée.